| > la chronique du petit ian. | DEUX ICÔNES GAY BLESSENT L'AMÉRIQUE ? |
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1 > MADONNA CHERCHE GUEVARA. |
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C'est bien connu : Madonna est
une militante. Depuis toujours. Dans ses chansons, dans
ses clips, la Profane Madone provoque, choque, attise la
censure. D'ailleurs, on attendait avec impatience American
Life, annoncé comme son oeuvre la plus engagée,
celle qui ferait exploser Bush, ses États-Unis. Les
producteurs craignaient pour ses ventes, de peur
d'offenser le peuple américain. La photo de couverture,
designée M/M, nous avait étélivrée depuis plusieurs
semaines. Outre le Parental Advisory Explicit Content, on
voyait Madonna affublée d'un béret de Che, devançant
une bannière américaine aux étoiles noires dissoutes
et aux bandes déchirées, étranglée des lettres
ensanglantées du titre de l'album : American Life.
American Life, c'est aussi le titre du deuxième
single tiré de l'opus 2003 (le premier, Die Another
Day, sur la bande originale du dernier James Bond,
était une parfaite réussite). Le clip circulait déjà
sur Internet, Madonna s'en allait en guerre, armée
jusqu'aux dents, attaquant directement le président
américain. Puis on a annoncé que le clip était lui
aussi censuré. C'était beaucoup de ferveur,
d'excitation, d'impatience qui precédait la sortie du
dixième Madonna. Au final, bien entendu, il n'en était rien. On a ainsi appris que le clip n'avait pas était censuré, mais auto-censuré. Nuance. American Life s'est néanmoins vendu comme des petits pains, sauvé jusqu'alors par son design et l'espoir de se rabattre sur les paroles. Erreur. Point de guerre, point d'Amérique contrairement au titre (même plus de sexe, c'est tout de même embêtant pour un disque de Madonna, qui jadis clamait fièrement son dépucelage). Passé les quelques "Ahh, fuck it" du premier morceau, on cherche encore la moindre once de vulgarité provocatrice. Sans compter que "fuck", ça n'a tout de même rien d'original, à se demander s'il s'agit réellement d'une grossièreté. Après tout ce mécontentement, vous me demanderez quel est donc l'intérêt de consacrer toute une chronique à un album qui ne tient pas ses promesses. Eh bien c'est justement en critiquant American Life uniquement par référence au tapage médiatique que pas mal de journalistes se sont plantés. A commencer par celui de Rock & Folk, qui signe un excellent article, juste du début à la fin, mais qui considère dans l'ensemble American Life plus par son allure que par son contenu musical (il nous rétorquera que, justement, le premier single résume à lui seul tout l'album et ce sera à mon sens une affirmation bien prématurée, celle de quelqu'un qui n'aura pas pris le temps d'apprivoiser la musique). D'abord tentés par le même procédé, Les Inrockuptibles se sont rattrapés en signant une véritable critique, négative mais appuyée sur des morceaux précis. C'est sans doute à Trax (critique négative) et à Magic (critique positive) que l'on a sincèrement fait l'effort d'écouter American Life et de lui donner sa chance. Car American Life s'avère excellent. Excellent car, du premier au dernier morceau, l'album séduit, emporte. En renouvelant la recette extrêment efficace d'electro-pop et de guitare acoustique qui avait fait le succès de Music, mais en amplifiant à l'extrême (parfois à outrance) le vocodeur, Madonna signe une musique franche et ne loupe aucune chanson. Aucune. Facile, certes, mais cela n'exclut pas la richesse. De ses tentatives de groove, de rap, de r&b ou de gospel, la star internationale tire le meilleur d'elle-même pour multiplier les rythmes, les chants, les sons et se révèle plus attachante que jamais. La preuve avec American Life, Hollywood et Mother and Father. Et si les textes n'ont guère le caractère radical que l'on attendait, ils n'en demeurent pas moins dignes d'intérêt : quand elle s'interroge sur sa célébrité ("Do I have to change my name ? [...] This type of modern life, is not for me, [...] is not for free [...] I live the American dream [...] I got a lawyer and a manager, an agent and a chef, three nannies, an assistant [etc.] do you think I'm satisfied ?" [1]) ou sur l'illusion du luxe dans American Life et Hollywood, quand elle clame "I'm so stupid" (mais, et c'est sérieux, elle a un QI de surdouée) ou "Nobody Knows Me" [2], quand elle revient sur son enfance [3], sur ses rapports à la morale et à la religion [4], Madonna fait preuve de lucidité, avec des mots simples et des idées justes. Une dernière reconnaissance au monde qui l'a porté aux nues et en a fait aussitôt son icône principal avec une évocation (Mylène Farmer faisait la même chose dans Sans contre-façon) de l'ambiguïté sexuelle ("I tried to be a boy, I tried to be a girl [...] : I guess I dit it wrong" [5]), touche indispensable de ce grand album, assurément. |
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