#16.mars 2004 Cycle romans biographiques 1/3 Vincent Borel | Baptiste | 2002 | :-) > La Chronique de Ian.

> Vincent Borel, Baptiste.

Vous a-t-on vraiment tout dit de Lully ?

Langue classique, sujet baroque : qualité littéraire irréprochable et récusation du savoir communément délivré...

On avait repéré Vincent Borel en 1998 avec son autobiographie Vie et mort d'un crabe (surprenante mais trop métaphorique), il est revenu à la rentrée littéraire 2002 avec un monument hors-normes publié par les belles éditions Sabine Wespieser. Baptiste, ou Giambattista Lulli devenu Jean-Baptiste Lully, roman biographique riche et superbe à partir d'une vie méconnue que Borel s'est appropriée. Comme Genet, ce jeune auteur compose à la gloire de la face réprouvée du monde. Langue classique, sujet baroque : qualité littéraire irréprochable et récusation du savoir communément délivré... l'entreprise se révèle noble et originale, elle possède les atouts d'une littérature admirable et quelque peu dérangeante, sans doute pas aussi audacieuse que celle d'une Gabrielle Wittkop (Vincent Borel ne fait guère plus que nous apprendre la débauche de Lully) mais intrigante (quelle est la part de réalité ? quelle est la part de fantasme ?) Vincent Borel brouille les cartes mais s'inscrit dans le genre romanesque. Volumineux, son Baptiste apparaît comme un pavé des plus académiques : outre l'ample souffle de la narration, il morcelle la vie de JB en étapes relevant de l'obstination des historiens à vouloir découper et mettre en valeur l'évolution des personnages. Le personnage, car c'est ainsi qu'apparaît Lully - et il n'y a là rien de péjoratif -, se trouve dans les pages du livre en proie à l'idéalisation tant de l'auteur que du lecteur. Pourvu que ce dernier en soit conscient, le portrait dépeint par Vincent Borel dresse une jouissive liste des pulsions de Lully, à travers le parcours dramatique conventionnel mais après tout apprécié de l'ascension puis de la déchéance : la jalousie inhérente à l'ambition (une édifiante mise en valeur des rivalités entre les deux JB, Lully et Poquelin), la spiritualité faussement conciliée avec les plaisirs interdits, la gloire artistique et l'hypocrisie... Dès lors, le portrait jauni du musicien dans le Petit Larousse illustré s'efface : l'homme nous touche et le titre de l'ouvrage s'avère pleinement justifié. Car c'est bien de Baptiste que Vincent Borel nous parle, et non pas de Lully.

© Ian

(pas d'âme, dans ma critique ;-) ???!!!)

 

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