> la chronique du petit ian.

LES NUitS blANChES dE bENJAMiN biOlAY

"Négatif", son deuxième et double album.

(1) Billy Bob a raison.

(2) Négatif.

(3) La Disparition, 2002.

(4) Il est plus facile pour un chameau...

(5) Je ne t'ai pas aimé.

(6) Lire l'interview réalisée par JD Beauvallet, in Les Inrockuptibles n°384, 9 avril 2003.

Oublier Pink Martini, merde avouée au succès sidérant. Oublier Henri Salvador, qui lui a tout volé. Oublier peut-être même Keren Ann, à la participation quasi négligeable sur "Négatif" et grand absente des remerciements. C'est bien connu, Benjamin Biolay renie tout ce qu'il fait et cette fois-ci ne sera sûrement pas la bonne. Désavouées, ses collaborations. Crevée, Rose Kennedy (son premier album). Le succès ? "les gens c'est tous des cons... (1)"
  "Négatif", ainsi que l'indique le titre, est un album à la noirceur obstinée de l'adolescence ("je suis un enfant si craintif [...] mort ou vif je reste négatif (2)"). Depuis le suicide simulé de Keren Ann ("choisir la disparition" sont les derniers mots de son album éponyme (3)), Benjamin Biolay a trouvé en sa femme (Chiara Mastroianni, actuellement à l'affiche du premier et excellent film de Valeria Bruni Tedeschi (4)) une nouvelle collaboratrice, que l'on préfère par ailleurs actrice que chanteuse. Mais il a beau se dire heureux avec elle, "Négatif" est une longue et douce expression du désenchantement ("Je ne t'ai pas aimé mo amour (5)", chantent-ils en duo !)

Si sa fascination pour l'Amérique est toujours mise en avant, son goût pour l'onctuosité des instrumentations est désormais moins présent (même si dix fois plus appuyé quand il apparaît ! : Nuits blanches, Négatif). Ici la musique est souvent plus simple (le magnifique Chère inconnue), ou parfois virulente (Bain de sang), ou encore folk (Billy Bob a raison, Négative Folk Song), et même disco (Chaise à Tokyo). On se réjouira en outre d'une présence DJesque, de sample étonnants (le décidément très prisé By This River de Brian Eno), du design double de M/M (ah ! ce travail pour Björk...), qui donnent à cet album une touche moderne discrète.

Mais la véritable richesse de "Négatif" est cet ensemble de textes, poésies intimes et désabusées, bien plus travaillées que celles de Rose Kennedy. C'est finalement cette sincérité qui nous fait croire à une possible maturité de Benjamin Biolay. Mais râleur, "branleur (6)" et indécis, il nous ravit. Sa gueule aussi.

> Discographie.

Rose Kennedy, 2001.

Négatif, 2003.

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