#17.mai 2004 Romans biographiques 2/3 Dominique Fernandez| La Course à l'abîme | 2003 | :-D > La Chronique de Ian.

> Dominique Fernandez, La Course à l'abîme.

Que savez-vous du Caravage ?

La carrière d'un artiste prisé et sulfureux à la fois, depuis sa phase ascendante jusqu'au bout de son déclin. Comment put-il participer de la production artistique officielle tout en provoquant le scandale ?

Rappelez-vous Alexis ou le Traité du cain combat. Rappelez-vous surtout Mémoires d'Hadrien. Marguerite Yourcenar, figure mythique d'une littérature gay à peine accessible et cependant incontournable usait de l'autobiographie fictive pour parler d'elle sous les masques antiques. Après avoir romancé le destin de Pier Paolo Pasolini, Dominique Fernandez remet le couvert en s'immergeant, cette fois, en 1600, dans la peau du Caravage. Comme le cinéaste italien, le peintre Michelangelo Merisi était un artiste de scandale, gay, capable de s'emparer des figures bibliques de façon tout à fait personnelle, et mourut assassiné sur une plage par un inconnu. Rien d'étonnant en réalité, à bien considérer les personnages de Dominique Fernandez : Tchaïkovski, Eisenstein... ils se ressemblent tous. Mais, parmi tous les livres de sa bibliographie, ce pavé classique est l'une de ses plus grandes réussites. Car des réussites, Dominique Fernandez en a signé quelques unes, mais il a aussi quelques ratés derrière lui, à commencer par une Gloire du paria mièvre et trop bien intentionnée. Point d'hypocrisie dans La Course à l'abîme : du souffre et de l'académisme, au service d'un roman biographique fort solide. Comme le Baptiste de Vincent Borel, La Course à l'abîme suit la carrière d'un artiste prisé et sulfureux à la fois, depuis sa phase ascendante jusqu'au bout de son déclin. L'intérêt n'est pas de montrer l'évolution de l'artiste, mais d'essayer de comprendre comment il put participer de la production artistique officielle tout en provoquant le scandale. Le roman de Dominique Fernandez est d'autant plus intriguant qu'il se déroule dans un cadre religieux. Le talent de l'auteur trouve tout son épanouissement dans la description des toiles du Cravage : en pensant les tableaux à la place du peintre, l'écrivain étend son art à la dimension picturale. Il puise dans la beauté de l'oeuvre les éléments d'une possible histoire. Inventant la vie du Caravage à travers sa seule expression plastique, Dominique Fernandez ressuscite une figure avec une somptuosité née de l'imaginaire. Grand roman.

© Ian

 

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