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Défense d'aimer

RODOLPHE MARCONI

Bruce arrive à Rome, en tant que pensionnaire à la Villa Médicis. Il fait la rencontre ddu stagiaire Matteo, dont les désirs sont indécis, et se lance malgré lui dans la quête effroyable d'être aimé.

A l'instar du sujet, le scénario de Défense d'aimer est classique et conforme aux règles communs de la tragédie (choix cornélien, jalousie, issue fatale). Pourtant, on aurait tort de réduire le deuxième film de Rodolphe Marconi au pathos.

Défense d'aimer est une magnifique démonstration des qualités de metteur en scène dont est doué Rodolphe Marconi. Au risque d'offusquer les véritables romanciers (mais ceux-là n'ont pas compris/admis que la beauté de l'image prime désormais sur le verbe et que cette tendance - on la trouve notamment chez Claire Denis, Christophe Honoré, et bien sûr chez nos précurseurs de la "Nouvelle vague asiatique" - est l'avenir du septième art), toute la grandeur du film réside en son esthétisme.

Le cinéma fait des fashion victimes. Le paraître y est aujourd'hui critère de qualité. Le fond de Défense d'aimer est un assomoir. Pour autant, la forme n'est pas trompeuse. (Il serait regrettable de n'avoir que des drames sociaux - dont, ailleurs, je suis friand ! - à la plastique sciemment négligée, au service du réalisme.) Ainsi, les exemples ne manquent pas. Sensuel, avec ce magnifique long plan sur une jeune fille émoustillée par El Desierto de Lhasa, ou l'étreinte charnelle des deux garçons (le réalisateur a choisi de la filmer avec autant de pudeur que d'intensité et celle-ci s'avère particulièrement réussie). Beaucoup de scènes de nuit, évidemment, de flous, de mouvements de caméras, et l'excellent choix de mettre en valeur la couleur ocre.

Quelques axes de narration sont suggérés par la représentation de personnages souffrant, puis délaissés : c'est le cas du malade qui refuse l'aide des "infirmières", de la serveuse que Bruce fait redescendre sur Terre, de la fan de Lhasa... Ce n'est pas la peur de l'éparpillement qui a fait renoncer Rodolphe Marconi au développement des autres protagonistes, mais l'inévitable nombrilisme d'une oeuvre semi-autobiographique où la souffrance passionnelle est reine. D'où, il est vrai, la perte d'intérêt pour la directive narratrice, manquant de consistance et d'originalité. Et les regrets d'un début remarquable.

C'est peut-être l'"amitié" du héros avec la romancière fascinée par les criminels qui redonne à l'oeuvre son élan. Malheureusement, le film touche à sa fin (et quelle fin décevante !) et l'on se dit qu'une heure et demi, c'est tout de même bien court : oui, on regoûterait bien à la beauté de l'image.

 

Défense d'aimer. Film français de Rodolphe Marconi. 2002. Avec rodolphe Marconi, Andrea Necci, Echo Danon, Orietta Gianjorio...

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