#20.septembre 2004 Brigitte Fontaine | Rue Saint Louis en l'île | 2004 | :-) > La Chronique de Ian.

> La Queen de la rue Saint Louis

Ce qui change peu, c'est un univers déjanté et codé. Ce qui évolue, c'est la gravité sous-jacente.

Qu'est devenue la reine de Kékéland pendant trois ans ? Elle est partie en tournée (inoubliable Kékéland tour), elle a accompagné Noir Désir sur scène pour appeler à voter contre le FN, elle s'est achetée des fringues (dont une véritable fourrure, arborée - hélas - sur la pochette de son nouveau disque), elle a décidé de décorer son crâne (rasé auparavant, le voilà orné de petites couettes) et, surtout, a préparé un album avec son indissociable Areski. Si, sur Rue Saint Louis en l'île, les collaborations sont moins nombreuses que sur Kékéland, elles restent aussi (d)étonnantes et jouissives : à -M- guitariste, se sont joints Mouss et Hakim de Zebda (pour une nouvelle auto-reprise des crypto-délicieux Nougats, un tube à la hauteur de son précédent Pipeau), ainsi que Gotan Project (belle Rue Saint Louis en l'île). Ce qui change peu à première écoute, c'est un univers déjanté et codé (la reine se montre d'ailleurs très accueillante, avec ce si joli sourire en couverture). Ce qui se confirme notablement et évolue, c'est la gravité sous-jacente. Lors du concert au Grand Rex du Kékéland tour, en 2002, Bernard Lenoir avait fait allusion à cette manière ludique d'aborder des thèmes sérieux (elle n'a pas abandonné cette démarche : ici avec Le voile à l'école). A cette même soirée, Brigitte Fontaine avait fait preuve d'une énergie incroyable, mais avait aussi suscité une vive émotion avec des chansons telles que L'Île et Profond, où elle apparaissait particulièrement seule, voire délaissée. Quoi que laissent entendre les apparences, cet album est l'oeuvre d'une femme préoccupée, voire désespérée (il faut à tout prix écouter Folie). Et comme tout disque de Brigitte, Rue Saint Louis en l'île est à conserver.

© Ian

 

Hit-Parade