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DIX-SEPT1FOIS7CÉCILE CASSARD

notes sur le film de Christophe HONORÉ

> la rubrique du petit ian.

Béatrice Dalle dix-sept fois. Je n'ai pas compté les tableaux, j'accorde ma confiance à Christophe Honoré. Selon ses propos, ces dix-sept moments de la vie de Cécile Cassard seraient les étapes de sa reconstruction. Cécile Cassard a perdu son mari dans un accident de voiture puis abandonné leur fils à une amie. Sa fuite à Toulouse serait un nouveau départ. En réalité, j'ai peiné à voir en quoi Cécile Cassard reprenait goût à la vie. En ce point, sa rencontre avec Matthieu (Romain Duris) est assurément décisive, mais elle s'affirme si tardivement... Mon interprétation du film me pousse à croire que ce c'est, purement et simplement, l'Homme qui sauve Cécile Cassard de sa léthargie. L'Homme, cette figure magnifiée par Christophe Honoré comme l'eût fait n'importe quel autre personnage du paysage gay, innocemment, l'Homme en faux contrepoids à la Femme, ici Béatrice Dalle qui comme à son habitude domine tout, ne serait-ce que par sa simple présence. Quoi de plus beau que Béatrice Dalle entourée d'hommes ? Que ce soit Thierry (son mari défunt), Matthieu, Stéphane et Tiago (ses amis homos), un amant, un inconnu enterré à qui elle dépose régulièrement une fleur, des ouvriers parmi lesquels elle aime à s'insinuer..., Cécile Cassard a besoin d'hommes pour apprendre à vivre. Qu'on ne s'y trompe pas ! les gars de Béatrice Dalle sont essentiellement ceux de Christophe Honoré, plutôt beaux, au moins taillés selon ses fantasmes. On reconnaît là l'influence de Téchiné, avec qui il avait travaillé. Toulouse y est une ville du Maghreb, comme en témoignent les décors et les figurants, dans laquelle erre Cécile Cassard, sans but, habitée par la mort.

Béatrice Dalle se risque au cinéma d'auteur, avec succès et plus de discrétion que le personnage à scandales qu'elle représente ne pourrait lui en donner, depuis ses performances dans les films de Claire Denis (Trouble Every Day) et Nobuhiro Suwa (H Story). Et si elle se le permet, c'est peut-être parce que, comme le souligne si justement Olivier Séguret dans Libération, "elle est [...] patiemment en train de devenir notre meilleure actrice". Qui l'eût vue venir si étincelante, après les échecs qui suivirent 37°2 le matin (Jean-Jacques Beineix), après les scandales, après la provocation, après la vulgarité ? Et, pour incarner ce rôle, pour se fondre dans le projet esthétique établi, à qui d'autre que Béatrice Dalle pût-on faire appel ? Sa place est dans Dix-sept fois Cécile Cassard comme elle l'était dans Trouble Every Day : irrécusable.

Sans structure, voire sans histoire et sans autres personnages que celui de Cécile Cassard, le film de Christophe Honoré est avant tout on jouet d'orgasme : beau, magnifique même, et trop personnel pour être accessible. Cette forme de cinéma incompréhensible, ici égoïste à l'extrême -on songe à Léos Carax-, se montre souvent plus généreuse dans le film asiatique, auquel celui-ci pourrait faire concurrence si la critique qui l'a fustigé mettait plus de bonne foi dans son jugement... OEuvre léchée, et l'on préfère la forme au fond. Car les scènes pourries de sens (la profanation de la tombe, l'attente sous la pluie au milieu des voitures...) sont plutôt sujettes à l'agacement qu'à la reconnaissance. Et l'on préfèrera admirer à analyser celles où la blanche Cécile Cassard flotte comme un grand lys et où les homos accomplissent leurs actes crus dans des rues crades de la ville délabrée (avec un clin d'oeil à l'explosion récente de l'usine AZF).

Mais à qui d'autre que lui-même le film de Christophe Honoré s'adresse-t-il ?

Dix-sept fois Cécile Cassard. France. 2002. Drame psychologique réalisé par Christophe Honoréi. Avec Béatrice Dalle, Romain Duris, Jeanne Balibar, Jérôme Kircher, Julien Collet, Tiago Manaïa... Scénario : Christophe Honoré. Musique : Alex Beaupain. 1h45. Sortie : 10 juillet 2002.

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