> la chronique du petit ian.

DEUX ICÔNES GAY BLESSENT L'AMÉRIQUE ?

Radiohead, Hail to the Thief.

pop-rock

:-D

2 > RADIOHEAD : LÉGENDE TORTURÉE.

 
 
 
[1] Rock & Folk n°431, juillet 2003.
Contrairement à Madonna, on n'attendait pas spécialement de Radiohead un album engagé, mais plutôt un retour à la guitare particulièrement sombre. Au final, Hail to the Thief ("Salut au voleur", slogan lancé dans un mouvement contestant l'élection peu démocratique de Bush) réunit discours et musique. Car Thom Yorke a beau affirmer que "ce disque n'est absolument pas politique" [1], 2+2=5, première chanson du disque (qui en compte quatorze) est truffé d'allusions et d'attaques contre le président américain. Ce que nous promettait Madonna.

Le militantisme s'arrête là. Hail to the Thief est avant tout un album purement radioactif, l'accomplissement de tout le travail effectué précédemment, une entreprise vouée à satisfaire autant les nostalgiques du ton pop de Pablo Honey et The Bends que ceux qui avaient été conquis par les expérimentations electro de Kid A et Amnesiac. Le large public gay y trouvera lui aussi son compte : écorchée, la voix légendaire de Thom Yorke déroule tout au long de l'album sa douleur aiguë. Car les couleurs vives et trompeuses du superbe graphisme réalisé par Stanley Donwood tranchent avec des textes noirs, plus torturés que jamais (écouter notamment les impressionnants Where I End and You Begin et We suck Young Blood). Ces paroles sont portées par un vertige de sons, imprévisibles, parfois calmes, ou lancinants, puis qui jaillissent de façon magistrale (l'étonnant free-style sur We Suck Young Blood), et les titres s'enchaînent, de façon juste, imagée (on peut envisager les dessins du livret comme un vaste et complexe montage cartographique). Ainsi l'arrivée de A Punchup at a Wedding est amenée à merveille par la courte chanson précédente, I will, que l'on pourrait considérer comme son introduction. De même, A Punchup at a Wedding conduit parfaitement l'arrivée de Myxomatosis. C'est donc sans surprise que l'on découvre un album de Radiohead complexe et sinueux, un objet à nouveau en avance sur son temps et incontournable.

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