| > la chronique du petit ian. |
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| KEREN ANN : DERNIÈRES TRACES DE BIOLAY | |||||
J'aurais pu titrer l'article sur "Négatif" (La Chronique n°8) "Benjamin Biolay : dernières traces de Keren Ann". Son dernier album comprenait encore quelques touches du duo formé avec K. A. Zeidel, que l'on crut, à l'époque de Jardin d'hiver, indissociable. En réalité, les deux compères ne se fréquentaient plus et La Pénombre des Pays-Bas [1] était ce qui restait de leur collaboration : une chanson composée à deux et chantée par monsieur. Aujourd'hui, Keren Ann sort Not Going Anywhere, son troisième album, et rend au public, en plus de six nouveaux titres, ce que son tiroir avait maintenu trop au chaud : cinq chansons composées à deux et chantées par madame. Certaines mélodies sont issues de La Disparition, son disque précédent, et les textes ont changé ; d'autres nous sont inconnues. Mais qu'importe car Keren Ann, qu'elle recycle ou qu'elle innove, procède à une transformation enthousiasmante de ce qu'elle a jusqu'alors entrepris. Exit, la langue française. Keren Ann est née à Tel Aviv, vit en France, maîtrise l'anglais et ne revendique ainsi aucune terre. D'ailleurs, elle chante dès le premier titre "I'm not going anywhere". Attention aux contresens, cela ne signifie pas qu'elle ne se rend pas n'importe où, mais qu'elle ne va nulle part. Seule et On est loin en 2000, Ailleurs et La Disparition en 2002, Not Going Anywhere cette année... Keren Ann compose toujours autour de l'isolement (des lieux et de soi), qui inévitablement aboutit à la mort ("Faire un dernier voeu en sautant de la fenêtre", chantait-elle dans La Disparition, ici reprise en Right Now & Right Here). Ceci pour avertir ceux qui ne l'ont pas encore écouté, Not Going Anywhere n'a rien d'optimiste. Et cependant, c'est à nouveau dans la noirceur que l'art déploie son charme, dont le paroxysme est atteint par Ending Song. Voilà une conclusion des plus saisissantes à ce voyage vers nulle part : un air nostalgique de guitare accompagnant la voix suave de Keren Ann, qu'un écho perpétué finit par délayer, "Follow me..." |
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Fin ouverte, gouffre attirant, Keren Ann
nous entraîne dans une mort lente et douce. Au dos du
livret, dans une longue robe blanche, on la voit gésir,
poupée fragile tuée par la passion. Dans cette
élégante composition symboliste, l'ingénuité est vite
rattrapée par la menace du danger. En témoigne Polly,
jolie mélodie rappelant le son d'une boîte à musique
bientôt couverte par un cuivre. Ce qui, depuis la
lancinante bande originale de Trouble Every Day [2], est instinctivement associé à
l'imminence d'une attaque. Tout Not Going Anywhere évoque des amours déçues. À l'origine de ces échecs, il y a souvent la distance que maintient le "je" à l'égard du "tu", voire du "vous". Dans Seventeen, une adolescente voudrait vivre une relation avec une personne adulte et ne cesse pourtant de lui répéter combien leur différence d'âge rend la liaison à la fois sublime et désespérante. Dans By The Cathedral, on retrouvera la trompette de Polly pleurer sous la pluie et annoncer la chanson finale. Tristesse à tous les étages, au risque de rebuter certains. D'ailleurs, avec Bardi de Gang Bang, Keren Ann reprend Suicide is Painless [3] sur un album sorti parallèlement à celui-ci, Lady & Bird. En tout, deux disques qu'il serait regrettable d'ignorer. |
[1] Sur "Négatif", de Benjamin Biolay (2003).
[2] Trouble Every Day - bande originale du film de Claire Denis, des Tindersticks (2001).
[3] (déjà chantée par le Jay-Jay Johanson de Poison)