| #20.septembre 2004 | Björk | Medúlla | 2004 | :-D | > La Chronique de Ian. |
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> La terre tremble
Björk a eu une idée géniale : il n'est nullement besoin d'instrument pour produire une moelle musicale.
Le voilà enfin, le nouvel album de Björk. Et pourtant, parler d'un "album de Björk" paraît quelque peu injuste au vu du nombre de collaborateurs qui l'épaulent. Et particulièrement sur Medúlla. Car Björk, une nuit d'ivresse, entourée de ses compagnons (déjà la musique vécue comme un plaisir collectif), a eu une idée géniale : chantant, criant dans un bar, tous ont réalisé peu à peu qu'il n'était nullement besoin d'instrument pour produire une moelle musicale. Cependant, dire que Medúlla ne comporte pas d'instrument ne serait guère plus juste. Concrètement d'abord, intervient un piano sur Ancestors. Et si Björk jure qu'il n'y aucun autre instrument mais uniquement un énorme travail de montage (incrédible, d'autant que le livret le contredit en mentionnant notamment Matmos aux programmations), la multiplicité des prouesses vocales en produit l'illusion de façon si authentique que l'auditeur n'a pas l'impression d'écouter des chansons a cappella. Le disque n'en demeurt que plus stupéfiant. La réalisation d'un album de Björk coûte probablement très chère, ne serait-ce que pour payer les nombreux et prestigieux artistes qui y participent - tant pour la musique que pour le design - (Matmos, LFO, M/M, Leila, Mark Bell... auxquels il faut ajouter d'autres noms moins célèbres, des chorales entières, des orchestres, des solistes...), et ce disque n'échappe pas à la règle. Mais ce que prouve la chanteuse à travers le seul concept de Medúlla, c'est qu'il n'est pas indispensable d'employer les grands moyens pour aboutir à une matière riche et musicale. Elle le traduit ici par sa capacité à engendrer des mélodies douces et harmoniques (la superbe ouverture Pleasure Is All Mine), parfois même des airs aux allures de cartons potentiels (Who Is It), sans délaisser par ailleurs les dissonances qui font partie des clés de sa musique (en particulier Ancestors). Si de ce compromis bancal émerge un album encore plus hermétique que le précédent, les admirateurs de l'Islandaise comme ses détracteurs s'accorderont à retenir du processus toujours plus radical et expérimental de sa musique une extraordinaire et incomparable capacité à se renouveler. Pour preuve, chaque sortie d'un album de Björk apparaît comme une rupture dans sa discographie qui, en réalité, n'a jamais connue de linéarité. A nouveau, avec Medúlla, la terre tremble. © Ian