#18.juin 2004 Romans biographiques 3/3 Mario Vargas Llosa | Le Paradis - un peu plus loin | 2003 | :-) > La Chronique de Ian.

> Mario Vargas Llosa, Le Paradis - un peu plus loin.

Tristan et Gauguin mis à nu par Vargas Llosa

Vargas Llosa trouve dans ces ancêtres la somme de ce que lui est, après soixante-sept ans de vie, un âge qui semblerait le prédisposer à la rédaction de son autobiographie. L'auteur ne cède pas à cette attente, il fait mieux, il se déguise.

Le premier "grand" roman de Mario Vargas Llosa est une histoire courte, Les Chiots, publiée en 1966. Des guillemets à "grand" car qu'est-ce qu'un "grand" roman bien sûr, et lequel de romans de Vargas Llosa n'est-il pas "grand" ? Mais s'il fallait n'en garder qu'un, ce serait Les Chiots. Problème : Vargas Llosa a aussi signé une "grande" pièce, Jolis Yeux Vilains Tableaux, en 1996, et un "grand" roman biographique, Le Paradis - un peu plus loin, l'an dernier. Double biographie, roman double. A moins qu'il ne soit triple. Dans cet autoportrait déguisé, l'écrivain péruvien croise la vie de Flora Tristan (1803-1844), écrivain féministe engagée aux côtés des ouvriers, avec celle de son petit-fils Paul Gauguin (1848-1903), peintre exilé en Polynésie. Un siècle sépare la naissance de Flora Tristan de la mort de Paul Gauguin. Vargas Llosa, lui, est né en 1936 et trouve dans ces ancêtres la somme de ce que lui est, après soixante-sept ans de vie, un âge qui semblerait le prédisposer à la rédaction de son autobiographie. L'auteur ne cède pas à cette attente, il fait mieux, il se déguise, il apprend aux lecteurs tant de Tristan, que de Gauguin et que de lui, comme Perec aimait à exploiter différentes formes d'écriture autobiographique sans jamais épouser les thèses vaines et académisantes de Lejeune. Dans la militante Flora Tristan, il faudra reconnaître Mario Vargas Llosa candidat à la présidence de son pays en 1990. Dans l'artiste Paul Gauguin, il faudra reconnaître Mario Vargas Llosa écrivain. Mais l'intérêt est de ne pas tout connaître, ni savoir, ni reconnaître, de ne pas chercher à décoder où l'auteur a imaginé ni où il a respecté l'histoire, seulement d'être conscient que des vies ont été retouchées, pour la beauté d'une oeuvre littéraire ample et richissime. Sans fard, Vargas Llosa évoque l'homo/bisexualité des deux personnages comme phase initiatique d'un récit d'apprentissage correspondant à leur vie. Où les mène-t-elle ? Au Paradis ? Un peu plus loin ? A l'image de ces deux héros, Mario Vargas Llosa pousse chaque fois davantage ses exigences et peu plus haut. Élévation d'une oeuvre promise à un destin identique aux deux de ce roman ?

© Ian

 

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