#21.novembre 2004 Jean-Claude Moireau | Signe d'hiver | 2002 | :-D > La Chronique de Ian.

Un court-métrage

> Jean-Claude Moireau, Signe d'hiver.

 

Le principe premier de ce court-métrage consiste à entretenir la plus grande opacité, comme ce tableau de Hopper auquel le bar de Signe d'hiver fait parfois penser.

Signe d'hiver a été diffusé sur France 2 le 5 août 2003 et le 12 octobre 2004, dans le cadre de l'émission "Court-circuit".

Un court-métrage en trois séquences propose, à travers un jeu sur les points de vue, une conception de la rencontre fondée sur la superficialité et le non-dit. Manifestement attaché à ses personnages, Jean-Claude Moireau choisit néanmoins, et judicieusement, d'épargner au spectateur leur psychologie. Pas de voix-off ni d'expression des sentiments, mais des regards qui nous rappellent que seule l'image comporte le sens du film, et non les dialogues. Méthodique, le réalisateur élabore un processus de caractérisation binaire : deux personnages, un jeune homme et une femme jeune, opposés par leur comportement. Lui est sans-gêne, goinfre, fumeur, maladroit ; elle est discrète, pudique, coincée. Deux plans suffisent à traduire ce contraste : 1. champ / lui, allongé sur le lit d'une chambre d'hôtel, entreprend de se déshabiller ; 2. contrechamp / elle, debout, raide, lui fait face et demeure immobile. La fin du film est proche et les deux protagonistes n'échangent leur prénom qu'à ce moment. Qu'importe : le générique ne tiendra pas compte de leur identité, ils sont et resteront deux anonymes, "elle" (Marie Rousseau) et "lui" (Cyrille Thouvenin). Le principe premier de ce court-métrage consiste à entretenir la plus grande opacité, de mulitplier les pistes, de solliciter les questions, les interprétations, comme ce tableau de Hopper qui a tant éveillé l'imagination de Philippe Besson et auquel le bar de Signe d'hiver fait parfois penser. De quelle nature est le désir éprouvé par les deux personnages ? Leurs échanges sont futiles mais occultent un parcours intriguant. Au fur et à mesure, l'opposition s'estompe. Dans une certaine mesure, elle et lui ne sont pas si différents : quand elle s'arrête téléphoner dans une station-service, lui commence à fouiller dans les affaires personnelles de la conductrice ; quand lui prend sa douche, elle ouvre le sac du jeune homme et demeure en contemplation face à un pull ; de même, après l'avoir abandonné, elle s'interrogera sur une carte oubliée par le garçon au pied de son siège. Ainsi, comme les spectateurs s'interrogent sur les personnages, les personnages eux-mêmes s'interrogent sur la figure de l'Autre. Le choix de situer la majeure partie du récit dans une voiture n'a rien d'anodin : Abbas Kiarostami, dont la quasi-totalité des films exploite l'image de la voiture, et qui réalisait Ten la même année que Jean-Claude Moireau tournait Signe d'hiver, explique que cet espace est intime, propice à l'échange, tout en assurant la fonction de dispositif cinématographique (le pare-brise étant l'écran et l'auto qui roule un travelling). Cependant, alors que Ten illustre précisément cette volonté de confidence, Signe d'hiver maintient la frontière entre elle et lui. Peut-être parce que lui n'a pas, finalement, envie d'elle. En effet, la dimension crypto-gay du personnage de l'auto-stoppeur est à deux reprises suggérée : d'abord dans un dialogue au cours duquel il révèle s'être offert à des hommes ; ensuite dans les images finales du film, où il rencontre un sympathique routier et se dirige, en compagnie de ce dernier, vers ce qui est sans doute la chambre. Par ailleurs, le générique final remercie François Ozon (pour qui Moireau a signé la photographie de 8 femmes) et défile sur une chanson de Françoise Hardy. Sans compter que le réalisateur annonce avoir repéré Cyrille dans La Confusion des genres... Une curieuse dissémination de signes divers !

© Ian

 

Hit-Parade