Son frère, par Patrice Chéreau .
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SON FRÈRE, DE PATRICE CHÉREAU UNE ADAPTATION DU ROMAN DE PHILIPPE BESSON (sortie le 10 septembre) |
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| Beaucoup d'articles ont été
consacrés au nouveau film de Patrice Chéreau lorsque
Arte l'a diffusé en avant-première (en mai dernier).
Cependant, aucun n'a insisté sur l'homme à qui l'on
doit cette histoire mélodramatique. Philippe Besson est
l'auteur de ce livre [1]. Un roman poétique, instinctif,
sensoriel, un projet qui aurait peut-être convenu aux
cinéastes que Chéreau admire (Wong Kar-wai, maître de
l'esthétique et du contemplatif, ou Lars von Trier,
maître du mélodrame). Si le roman original souffrait de quelques défauts narratifs entièrement dûs au récit larmoyant, la seule émotion légitime qu'il dégageait était purement verbale. A défaut de beaux mots, le cinéma offre de belles images, et de ce point de vue le film de Chéreau remplit parfaitement sa mission. Des beaux mots, le cinéma en offre aussi me direz-vous. Car un film repose d'abord sur un scénario et Chéreau est sacrément doué en la matière. Or, pour Son frère, lui et Anne-Louise Trividic sont tombés dans le piège de l'outrance, celui-là qui déjà dévalorisait le roman, celui-là qui choque plus encore dans un film : le cinéma, dans sa fréquente quête de réel, ici clairement prétendue, donne à voir au spectateur les drames existentiels qui forgent la vie de chacun. Une heure et demi durant, Son frère patauge, tourne en rond, restreint à montrer l'amour et la maladie. Thomas agonise, Luc erre dans une mièvre toile de sentiments (son frère, son compagnon, sa belle-soeur), les frères s'engueulent, s'aiment en silence. Le récit n'échappe pas aux clichés et répète inlassablement les mêmes situations sur fond de Marianne Faithfull. |
Pourtant, un grand moment justifie tout ce film. Une scène, longue de dix minutes, tournée en temps réel, avec de vraies infirmières. Une scène au cours de laquelle Thomas voit son corps rasé du torse au pubis. Le passage est aussi bouleversant à l'écran que sur les pages, érotique, fascinant. Voilà ce que le cinéma retiendra de Son frère, une scène sans parole, les images d'une oeuvre qu'on aurait adorée muette. Une compensation aussi indispensable que le film ne l'est pas. |
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[1] Son frère, de Philippe Besson, Julliard, 2001.