#17.mai 2004 Dominique A | Tout sera comme avant| 2004 | chanson française / rock | :-D > La Chronique de Ian.

> Dominique A, Tout sera comme avant.

Les hauts d'Ané

Tout sera comme avant, c'est du Dominique A pur jus, mais puissance 10, si bien que la maturité d'Ané se révèle en toute beauté sur cet album tour à tour grandiose et intime.

Pardonnez mon manque d'originalité, bien d'autres ont déjà joué sur le titre du nouvel album de Dominique A avant moi, mais rien ne sera comme avant. Moins de deux ans après le choc Alain Bashung, Dominique A réquisitionne l'équipe de L'Imprudence (influence flagrante et revendiquée) pour ériger son propre monument musical, en même temps que son compère Miossec établit le constat de la quarantaine (1964, j'en reparlerai bientôt). Ceux que Remué avait rebutés (tel n'est pas mon cas) et qu'Auguri avait rassurés (ce n'était pourtant pas son meilleur disque) ne se remettront pas de cet album. Quant aux farouches détracteurs du Nantais, ils ne tenteront même plus de l'écouter. Tout sera comme avant, c'est du Dominique A pur jus, mais puissance 10, si bien que la maturité d'Ané (qui signe de son nom une des nouvelles publiées en parallèle) se révèle en toute beauté sur cet album tour à tour grandiose (écouter la puissance orchestrale sur le premier titre) et intime (écouter le bercement mélancolique de Dans les hommes). L'auditeur est en droit de préférer l'original à la copie et, par conséquent, de porter un intérêt exclusif à L'Imprudence. Mais il aurait tort. Il ne s'agit pas de faire passer Dominique A pour un innovateur, mais les oreilles sensibles à l'ambiance du dernier album d'Alain Bashung conviendront que celle de Tout sera comme avant n'est pas beaucoup moins impressionnante. Elle atteint des sommets sur Le départ des ombres et se fait largement entendre sur le très peu bavard CD bonus de l'édition collector. Mais Tout sera comme avant n'est pas une aventure exclusivement musicale. L'ouvrage éponyme qui accompagne l'album fait appel à quinze écrivains contemporains, plus ou moins célèbres, plus ou moins talentueux, chargés de composer une nouvelle à partir du seul titre des chansons du disque. La réussite n'est pas assurée par tous, mais les auteurs gay (Richard Morgiève, Arnaud Cathrine, Jérôme Lambert), ainsi que quelques autres, sortent du lot. Ané, quant à lui, s'en tire plutôt bien avec un court et prudent Départ des ombres (qui correspond au meilleur titre de l'album), et surtout l'ensemble des paroles de chansons. Du troublant Elle parle à des gens qui n'sont pas là, où la solitude d'une femme n'éclaire que mieux sur celle du chanteur, au sincère Dans les hommes, où il évoque la difficulté des mâles à communiquer leurs sentiments, Dominique A parle de lui avec lucidité, originalité ("Et ça ne sortait pas, comme coincé dans les plis du front" !) et une nostalgie empruntée à Barbara (Tout sera comme avant, Revenir au monde), pour laquelle on connaissait déjà son admiration. L'ensemble est dominé par Le départ des ombres, morceau quelque peu inquiétant où le réconfort n'est garanti que par l'obscurité. Proustien à sa façon, Dominique A brille pour le moment à la lumière de son talent.

© Ian

 

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