FEVRIER 2005 # 23 |
||
TROIS TELEFILMS GAYS > L'HOMME QUE J'AIME, JUSTE UNE QUESTION D'AMOUR ET A CAUSE D'UN GARCON > QUE RESTE-T-IL DES ROSEAUX SAUVAGES ? |
||
Julien Baumgartner dans A cause d'un garçon. > L'Homme que j'aime a été réalisé par Stéphane Giusti, Juste une question d'amour par Christian Faure et A cause d'un garçon par Fabrice Cazeneuve. |
Bien
sûr, il y a eu Les Roseaux sauvages, d'André
Téchiné, produit et diffusé par Arte en son temps
(1994)... avant d'être distribué comme oeuvre
cinématographique dans les salles obscures. Si, depuis,
aucun téléfilm n'a atteint une telle qualité
artistique, d'autres réalisateurs ont apporté au petit
écran, à défaut d'innovation plastique, un
bouleversement d'ordre idéologique dans la
représentation télévisée des gays. Successivement, L'Homme
que j'aime (de Stéphane Giusti), Juste une
question d'amour (de Christian Faure) et A cause
d'un garçon (Fabrice Cazeneuve) ont, dans une
certaine mesure, égayé la grille d'Arte, France 2 et M6
par une diffusion à heure de grande écoute et surtout
par une audace nécessaire au changement des mentalités. > Ados et homos A l'exception de L'Homme que j'aime, les téléfilms en question héritent des Roseaux sauvages le choix d'un cadre scolaire, où des lycéens mal dans leur peau assument difficilement leur homosexualité. En outre, Téchiné a laissé à ses successeurs l'inépuisable et intéressant thème de la découverte de sa propre sexualité, trait auquel échappe cette fois Juste une question d'amour. Depuis, la notion de coming out a fait son apparition dans les pratiques et dans le langage, devenant l'un des principaux enjeux de ces téléfilms. Comment faire accepter par autrui ce que je suis et que j'ai du mal à accepter moi-même ? > Des auteurs ? La recherche des scénaristes et des réalisateurs ne consiste pas à transfigurer les soucis de l'adolescence sous des métaphores poétiques comme chez Téchiné (les roseaux sauvages), mais à afficher en tête des programmes des titres plus évocateurs (l'homme que j'aime, juste une question d'amour, à cause d'un garçon). A l'image, la même démarche est adoptée : dans ces trois téléfilms, la nudité, les baisers que se donnent les garçons deviennent autant de séquences-références dans la mémoire des téléspectateurs. Ainsi déjoué, le formatage télévisuel ne concerne dès lors qu'une partie du scénario, dont l'efficacité est hélas assurée par des clichés. > Portée Tout est beau dans le meilleur des mondes. De la mère fort compréhensive (L'Homme que j'aime, Juste une question d'amour) aux parents si traditionnels (Juste une question d'amour, A cause d'un garçon), les archétypes offrent la part de vérité caricaturée propre à la télévision. De plus, tous les jeunes interprètes sont beaux. Est-ce réellement un défaut ? De tels téléfilms méritent avant tout une audience large, afin de favoriser l'acceptation et la banalisation de l'homosexualité. Depuis A cause d'un garçon, trois téléfilms de Fabrice Cazeneuve ont été diffusés sur le réseau hertzien et 2005 devrait être l'année de Christian Faure, avec la diffusion très attendue de son téléfilm sur les Triangles roses. Comme militants gay, ces réalisateurs manifestent un talent qui offre à la télévision ses succès les plus intelligents et aux spectateurs leurs programmes les plus enrichissants. De quoi réhabiliter sérieusement le support téléfilm. |
|